2002
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Intervention de V.V.Poutine, Président de la Russie
Le 11 novembre 2002
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Intervention de V.V.Poutine, Président de la Russie, et réponses aux questions au cours de la conférence de presse, consacrée aux résultats du sommet Russie-UE, Bruxelles. Les derniers événements tragiques à Moscou et dans d’autres régions du monde ont confirmé le besoin de la mise au point des mesures pour approfondir la coopération Russie-UE dans la lutte contre le terrorisme.
V.V.Poutine : Permettez-moi, Mesdames, Messieurs, de vous informer des résultats du travail tels que vus par la partie russe. Le sommet Russie-UE, qui s’est passé aujourd’hui, est déjà le dixième en compte. Il a confirmé le choix sans alternative en faveur du renforcement du partenariat stratégique entre de la Fédération de Russie et l’UE. Nous avons eu une discussion étoffée, aiguë parfois, mais en général constructive des moments fondamentaux de notre coopération. Elle a montré qu’on est en train de rechercher objectivement, en se basant sur les intérêts nationaux, une interaction efficace dans le cadre de l’Europe unie. L’ordre du jour du sommet, comme toujours, a été très fourni. Et je me permettrai de ne souligner que les moments clé.
Les derniers événements tragiques à Moscou et dans d’autres régions du monde ont confirmé le besoin de la mise au point des mesures pour approfondir la coopération Russie-UE dans la lutte contre le terrorisme international. Nous avons été unanimes dans ce que la communauté internationale n’affronte pas actuellement des actions isolées, mais une agression savamment organisée des forces de frappe du terrorisme international. Dans ce contexte, on a tracé des pas concrets de formation d’un système efficace global et régional de l’opposition à la terreur, à ses instigateurs financiers, de création d’une atmosphère d’intolérance civile des manifestations du terrorisme. Et nous sommes très heureux d’avoir su aboutir au document conjoint à ce propos.
Le caractère de nos discussions a permis un examen global des conséquences de la future extension de l’UE, et au premier plan, naturellement, a été le problème de la région de Kaliningrad. Pour nous, c’est un problème aigu. Nous sommes satisfaits des résultats obtenus. Nous sommes satisfaits du cours de la discussion, surtout ces derniers temps, et satisfaits de ses résultats, je le souligne une fois de plus. On peut dire que la discussion a continué jusqu’à la toute dernière minute, nous avons finalisé, au cours de notre discussion, certains règlements du document conjoint, et je voudrais remercier les présidents pour leur approche constructive à la solution de ces problèmes. On a réussi à trouver les approches qui ont pour beaucoup levé les préoccupations russes concernant le régime du transit des citoyens de la Russie à travers le territoire du futur membre de l’UE - la Lituanie.
Question : Etes-vous content des résultats du 10e sommet, et sur quelles pistes le progrès obtenu a été le plus grand ?
V.V.Poutine : Nous sommes satisfaits des résultats, satisfaits du cours de la discussion aussi. L’entretien a été franc, nous avons eu des discussions concernant certains problèmes, mais en même temps, il a été absolument constructif des deux parties. Et compte tenu des résultats atteints, on peut être certain que nos partenaires ont fait preuve d’une aspiration visible à obtenir les décisions positives sur les principaux problèmes, les plus cuisants. Nous y classons les problèmes de la coopération économique. Au cours de cette dernière année, nous avons constaté plusieurs changements positifs, bien que des problèmes persistent. Et nous en avons parlé aussi. Nous en avons aussi débattu. Mais je crois qu’il existe une volonté positive d’avancer sur ces pistes. Et la seconde chose, c’est, certes, la solution du problème de transit entre Kaliningrad et le reste de la Fédération de Russie. Nous sommes satisfaits de ces résultats. Le dialogue n’a pas été simple de bout en bout. Je répète, c’est un résultat acceptable pour nous.
Question : Le Gouvernement de la Fédération de Russie déclare lutter contre le terrorisme en Tchétchénie. De quelle manière sont utilisés les mines antipersonnel, les obus à fragmentation, tout cela mène à la mort de centaines de gens. Ne croyez-vous pas qu’en cherchant à liquider ainsi le terrorisme en Tchétchénie, vous éradiquez la population ?
V.V.Poutine : Je dirais ainsi. Ce n’est pas qu’en Tchétchénie que la Russie lutte contre le terrorisme. La Russie lutte contre le terrorisme international et est prête à lutter contre ses manifestations partout. Dans notre pays, nous l’affrontons, avant tout, certes, en Tchétchénie. C’est un ensemble de problèmes compliqué, qui avait été initialement engendré par les tendances séparatistes dans cette république. Très rapidement, vu l’absence d’un pouvoir réel, ce séparatisme a été transformé, il a commencé à être influé par les terroristes internationaux et les radicaux religieux, qui, en quelques mois, ont pris le pouvoir qui, littéralement, traînait par terre. Et vous tous vous le savez bien. Ce n’est pas un secret pour personne des ici présents. Personne ne peut accuser la Russie de réprimer la liberté. La Russie en 1995 a octroyé l’entière indépendance de fait à la République Tchétchène. En 1999, nous avons eu à le payer. La Russie, la République de Daguestan ont subi une agression d’envergure sous le mot d’ordre de la création du khalifat, de l’annexion des territoires de la Fédération de Russie - du Caucase du Nord tout entier et de certains autres territoires. Qu’est-ce que l’indépendance de la Tchétchénie a à y voir ? Qui pourra répondre à cette question ? Y répondent ceux qui ont contribué à cette agression, qui fomentent et financent l’activité de pareil genre. Ce sont les extrémistes religieux et les terroristes internationaux. A propos, je veux attirer votre attention à ce que la création du khalifat sur le territoire de la Fédération de Russie ne constitue que la première partie de leur plan.
En effet, si vous suivez la situation dans ce domaine, vous ne pouvez pas ignorer que les radicaux se donnent les objectifs de bien plus d’envergure. Ils parlent de la création du khalifat mondial. Ils parlent du besoin de tuer les Américains et leurs alliés. Je pense que vous venez d’un pays qui est justement allié des Etats-Unis. Vous êtes en danger. Ils parlent du besoin de tuer tous les non-musulmans, les croisés, comme ils les appellent. Donc, si vous êtes chrétien, vous êtes menacé. Mais si vous décidez de renier votre religion et devenir athée, vous serez aussi à liquider, selon leur raisonnement et leurs directives. Vous êtes en danger. Si vous décidez de devenir musulman, vous ne serez pas épargné non plus, puisqu’ils estiment que l’islam traditionnel est aussi hostile aux buts qu’ils s’assignent. Auquel cas, vous serez encore en danger.
Si vous voulez devenir un vrai radical islamique et êtes prêts à ce faire circoncire, je vous invite à Moscou. Nous sommes un pays multiconfessionnel, nous avons des experts pour ce problème également.
Question : Croyez-vous que la décision d’aujourd’hui concernant Kaliningrad soit définitive ? Ou n’est-ce qu’une entente intermédiaire ?
V.V.Poutine : Concernant les problèmes de Kaliningrad, je répète, c’était un problème assez compliqué, lié non seulement à l’Union Européenne, mais au besoin des garanties sûres des intérêts nationaux de la Lituanie. Je répète, nous sommes extrêmement satisfaits de ce que nous ayons su aujourd’hui obtenir l’accord approprié. Je ne crois pas que cette décision soit idéale dans tous ses éléments, nous allons continuer de travailler avec l’Union Européenne. Je pense que nous devrions avoir pour objectif final la création des conditions pour un déplacement réciproque libre, pour des raisons personnelles ou d’affaires, des citoyens de la Russie et des citoyens des pays européens. Cette tâche n’est pas pour demain. Mais c’est le sens que nous devons emprunter. L’essentiel pour nous est de comprendre que cette direction est la bonne. Cette compréhension existe et en Russie, et chez nos partenaires de l’UE.
Question : Il y a quelques années, au sommet similaire en Suède, vous avez comparé les guerriers en Tchétchénie aux Albanais ethniques en Macédoine. Ne croyez-vous pas que la décision qui avait été trouvée en Macédoine, c’est-à-dire le fait que les anciens guerriers soient devenus membres du gouvernement, puisse servir d’exemple pour la Tchétchénie, au lieu de la nouvelle défaite infligée aux Tchétchènes, au cours de laquelle vous utilisez des bombes à fragmentation contre les civils ? Et de deux. Quand la Russie prévoit-elle retirer tous ses troupes et armements de la Transnistrie, puisque vous étiez censés le faire déjà vers la fin de l’année en cours ?
V.V.Poutine : Concernant la première question, je suis d’accord avec vous.A la différence de beaucoup de mes collègues, je crois que ceux qui veulent la paix en Tchétchénie et y aspirent, ont le droit de participer à ce processus. Et je ne fais pas que le croire, j’agis dans ce sens. Je veux vous informer que le chef actuel de l’administration de la Tchétchénie M. A.Kadyrov a récemment combattu à main armée contre les forces fédérales. Qu’on l’aime ou pas, je crois qu’il n’y a rien d’étonnant à cela - nous traversons une période difficile dans l’histoire de la Fédération de Russie, une période très difficile et compliquée dans l’histoire de la Tchétchénie. Nous devons tenir compte de tout, savoir tout et utiliser tous les gens qui, je répète, aspirent à la paix.
Partant, exception n’est faite que de ceux qui ne veulent vraiment pas la paix, qui aspirent à la guerre, qui perpètrent des attentats, en se cachant derrière les slogans de la paix ou des idées qui sont normales dans une société démocratique. Ce sont ces gens-là, les bandits, les terroristes que je crois que nous devons combattre. Nous allons le faire, et j’espère que nous allons le faire en commun, puisque, si nous donnons une infime chance aux gens qui prennent en otages des civils innocents, nous l’aurons non seulement à Moscou, New York ou Washington, non seulement à Bali, mais dans beaucoup d’autres pays du monde. Si les soi-disant « combattants de la liberté » terrorisent, essaient de nous faire peur par la menace de s’emparer des objets nucléaires ou d’autres objets vitaux et dangereux du point de vue des vastes couches de la population et veulent les utiliser à leurs fins, je pense que nous ici présents, soit nous interprèterons l’activité pareille de la même manière, soit nous affronterons un problème. Je veux seulement vous mettre en garde de ne ménager aucune issue pour ces gens. La plus petite chose, n’importe laquelle, qui leur profite, ils la considèrent comme une faiblesse et vont l’utiliser contre ceux qui font preuve de cette faiblesse.
Hier, j’ai rencontré les représentants de l’opinion tchétchène, je l’ai dit hier et je peux vous dire aujourd’hui : nous ne nous opposons pas au processus politique, nous sommes pour, mais nous proposons d’examiner séparément les problèmes du terrorisme et ceux du règlement des graves problèmes politiques, quels qu’ils soient.
Et la seconde question concernant la Transnistrie. Aujourd’hui, nous avons discuté ce problème avec nos collègues. La Russie ne s’est pas seulement chargée des obligations appropriées, mais est directement intéressée à retirer ses armes de la Transnistrie. Malheureusement, l’administration de la Transnistrie - ce sont les gens, avec lesquels il est difficile de résoudre les problèmes de pareil genre. Ils ont leurs propres intérêts, leurs considérations à propos des intérêts nationaux. Je crois que ces considérations sont erronées. Nous allons continuer de dialoguer avec eux sur ces problèmes. Nous travaillons en commun avec l’OSCE, nous nous comprenons bien dans ces problèmes. Sur cette problématique, la confiance est complète avec les représentants de l’OSCE. Je voudrais remercier tous ceux qui s’occupent de cette problématique dans le cadre de l’OSCE. Nous avons retiré une partie des armes. C’est absolument insuffisant, et nous allons continuer ce travail.
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mardi 12 novembre 2002 © France-CEI, tous droits de reproduction et de diffusion réservés.
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