2009
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Un compromis gazier entre l’Ukraine et la Russie
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Le Premier ministre russe Vladimir Poutine annonce avoir trouvé un compromis avec Kiev sur l’épineux dossier gazier à l’issue de négociations avec son homologue ukrainienne à Yalta (sud de l’Ukraine).
Quelques jours plus tôt, M. Poutine avait été beaucoup plus offensif, agitant le spectre d’une nouvelle interruption des livraisons de gaz russe à l’Europe si l’Ukraine, frappée de plein fouet par la crise, ne s’acquittait pas de sa propre facture gazière.
"Le Premier ministre a posé une série de questions liées à la crise. Nous avons jugé possible d’accéder à ses désirs et de corriger les accords" conclus auparavant, a déclaré M. Poutine lors d’une conférence de presse conjointe avec la chef du gouvernement ukrainienne Ioulia Timochenko.
La Russie a notamment accepté de réduire les volumes du gaz devant être acquis par Kiev sans imposer de pénalités et d’augmenter de 60% le tarif pour le transit du gaz russe vers l’Europe via l’Ukraine, a-t-il précisé.
"Gazprom et Naftogaz se sont mis d’accord sur de nouveaux volumes", a indiqué M. Poutine en référence aux sociétés d’hydrocarbures russe et ukrainienne. "Le tarif pour le transit augmentera d’environ 60%", a-t-il ajouté.
Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko avait averti plus tôt dans la journée que le transit vers l’Europe via l’Ukraine serait de nouveau menacé si Kiev et Moscou ne révisaient pas les contrats gaziers signés en janvier, dans une lettre au président russe Dmitri Medvedev.
Le chef de l’Etat ukrainien a réclamé une révision du tarif de transit, trop bas selon lui, et du principe "take or pay" ("prends ou paie") qui oblige l’Ukraine à s’acquitter d’un certain montant de gaz même si elle en acquiert moins, ou à payer de lourdes pénalités.
"Le contrat de transit ne prévoit pas de principe +transporte ou paie+" et "pratiquement aucune sanction" contre la Russie si cette dernière ne remplit pas ses engagements, a ajouté M. Iouchtchenko.
Pour sa part, Mme Timochenko avait assuré que le prix du transit du gaz russe via l’Ukraine (actuellement 1,7 dollars/1000 m3 sur 100 kilomètres) allait doubler en 2010.
En affichant sa bonne entente avec Vladimir Poutine, le Premier ministre ukrainien Ioulia Timochenko, une des favorites à la présidentielle de janvier, a voulu montrer qu’elle pouvait coopérer avec les Russes et mettre fin aux conflits gaziers qui exaspèrent l’Europe.
Vladimir Poutine a aussi lancé des plaisanteries peu amènes à l’adresse du président ukrainien Viktor Iouchtchenko, à couteaux tirés avec son Premier ministre, et du chef de l’Etat géorgien Mikheïl Saakachvili, auxquelles Mme Timochenko a réagi avec de petits rires approbateurs.
"Timochenko veut montrer qu’elle est capable de trouver des accords, même avec un interlocuteur aussi difficile que Poutine", commente le politologue Viktor Nebojenko, directeur du centre d’opinion Baromètre ukrainien.
Un message rassurant pour les Européens qui ont subi en janvier une longue interruption des livraisons russes au beau milieu de l’hiver, en raison d’un conflit gazier entre Kiev et Moscou.
Cette entente est d’autant plus spectaculaire que Mme Timochenko, égérie de la Révolution orange pro-occidentale de 2004, a longtemps été perçue comme un des principaux ennemis du Kremlin.
Elle arriva au pouvoir avec le président Viktor Iouchtchenko, figure de proue de la révolution, au grand dam de la Russie et de son président d’alors, Vladimir Poutine, qui soutenait ouvertement le camp du pro-russe Viktor Ianoukovitch.
Aujourd’hui, M. Iouchtchenko, bête noire de Moscou, n’a pratiquement aucune chance d’être réélu en raison de son impopularité. M. Ianoukovitch figure en tête des sondages avec 28-41% des intentions de vote, suivi de Mme Timochenko (20-25%).
Si Mme Timochenko a su changer son image à Moscou, ce qui lui vaut d’être accusée par ses détracteurs d’accords secrets avec le Kremlin, il est trop tôt pour dire que Moscou a décidé de miser sur elle dans la campagne.
"C’est plutôt un signal montrant que le Kremlin n’est pas opposé sur le principe à Timochenko et qu’il ne mise pas uniquement sur Ianoukovitch", estime Mykhaïlo Pogrebinsky, directeur du Centre des recherches politiques à Kiev.
Pour Volodymyr Fesenko, du Centre des études politiques Penta, la Russie évitera de se prononcer clairement sur ses préférences avant le scrutin pour "préserver le suspens" et pouvoir "influer tant sur Timochenko que Ianoukovitch".
La "dame de fer" de la politique ukrainienne est, quant à elle, surtout guidée par le pragmatisme. "Elle promet tout à Poutine pourvu qu’il n’y ait pas de nouvelle crise du gaz car sa campagne électorale en pâtirait", estime M. Nebojenko.
Populaire surtout dans l’ouest nationaliste, Mme Timochenko pourrait aussi utiliser le soutien de Moscou pour obtenir des voix "dans l’est et le sud du pays où 80% de la population aime Poutine", renchérit M. Pogrebinsky.
Mais un soutien trop ouvert de la Russie peut jouer un mauvais tour à Mme Timochenko, prévient M. Nebojenko. "Rappelez-vous l’histoire de Ianoukovitch !", dont la "victoire" à la présidentielle de 2004 avait été annulée pour fraudes par la justice.
L’Ukraine, dont la consommation énergétique a drastiquement baissé en raison de la crise économique mondiale, risque des pénalités de 8,5 milliards de dollars pour la seule année de 2009, soit deux fois plus que le montant payé par Kiev pour le gaz consommé de facto, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Les rapports ukraino-russes dans le domaine gazier sont suivis de près par les Européens, qui avaient subi début janvier une longue interruption des livraisons russes au beau milieu de l’hiver, en raison d’un conflit gazier entre Kiev et Moscou.
Un quart du gaz consommé dans l’UE provient de Russie, dont 80% transitent par l’Ukraine.
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vendredi
20 novembre 2009 © France-CEI, tous droits
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